
Tarifs douaniers, guerre avec l'Iran, hausse du pétrole, transition à la Fed, profits tech au sommet — tour d'horizon complet des forces qui façonnent les marchés en ce début mai 2026.
Cette édition couvre six grands thèmes qui dominent l'actualité économique et financière de la première semaine de mai 2026. Naviguez directement vers la section qui vous intéresse.
PIB à +2 %, chômage au plus bas depuis 1969, mais la menace inflationniste liée au pétrole s'intensifie.
Trois dissidents hawkish sonnent l'alarme : le futur président aura fort à faire pour imposer des baisses de taux.
Alphabet, Amazon et Meta tirent la marge nette du S&P 500 à 14,7 %, un record depuis 2009.
Abu Dhabi tire sa révérence et menace la cohésion du cartel pétrolier au pire moment pour Riyad.
Ce que l'histoire enseigne sur les transitions à la tête de la Fed et comment positionner son portefeuille.
Les wallets auto-hébergés échappent à la déclaration obligatoire : le secteur respire enfin.
Tarifs douaniers élevés, inflation persistante, arrêts gouvernementaux, guerre avec l'Iran, flambée du pétrole — rien de tout cela n'a suffi à percer la coque de la plus grande économie mondiale. Les derniers indicateurs confirment sa résilience et suggèrent qu'elle devrait continuer à croître, même si les nuages s'accumulent à l'horizon.
Taux annualisé au premier trimestre 2026, après un ralentissement fin 2025.
Niveau des inscriptions au chômage, au plus bas depuis 1969.
Depuis le début de la guerre avec l'Iran, le prix du baril a bondi de 55 %.
Contre moins de 3 $ il y a quelques mois ; un choc direct pour les ménages à revenus modestes.
Le secteur manufacturier a progressé en avril pour le quatrième mois consécutif, sa meilleure série depuis quatre ans. L'investissement des entreprises dans l'intelligence artificielle reste le principal moteur de la croissance du premier trimestre. Les dépenses de consommation se maintiennent à des niveaux suffisants pour soutenir l'expansion — Jerome Powell lui-même a confirmé : « Les consommateurs dépensent encore. C'est ce que vous disent les banques et les sociétés de cartes de crédit. »
Les marges bénéficiaires élevées ont offert aux entreprises un coussin contre les tarifs et l'inflation, les dispensant pour l'instant de réductions massives d'effectifs. « Il y a des signes encourageants que les entreprises commencent à déclencher de nouvelles embauches », note Scott Anderson, économiste en chef chez BMO Capital Markets.
La bourse a rebondi depuis les premiers jours du conflit iranien pour retrouver des sommets historiques, recréant des milliers de milliards de dollars de richesse en capital pour les Américains les plus aisés. Cette dynamique alimente les dépenses de la tranche supérieure : les 20 % d'Américains les plus riches représentent désormais entre 45 % et 60 % de toute la consommation.
C'est ce que les économistes appellent une économie en K : un segment prospère tire la croissance nationale, pendant qu'une majorité d'Américains aux revenus plus modestes tentent simplement de joindre les deux bouts face à la hausse des prix à la pompe et au ralentissement de la progression des salaires. « Tant que le déploiement de l'IA reste aussi massif, la croissance économique restera probablement décente au minimum », écrit Stephen Stanley chez Santander Capital Markets.
La réunion de la Fed de cette semaine a été la plus disputée depuis des décennies. Trois gouverneurs régionaux ont publié des déclarations dissidentes vendredi, signalant leur inquiétude croissante face à l'inflation. Ces dissidences constituent un avertissement clair au futur président de la banque centrale : pousser pour des baisses de taux rapides sera loin d'être chose aisée.
Kashkari a exprimé sa crainte que la fermeture prolongée du détroit d'Ormuz ne provoque un choc de prix plus violent qu'anticipé, allant jusqu'à évoquer la possibilité d'une « série » de hausses de taux si l'inflation venait à déraper incontrôlablement.
Hammack a souligné que les pressions inflationnistes restent généralisées, même avant de prendre en compte la hausse des prix du pétrole. Elle estime que l'économie américaine a fait preuve de résilience jusqu'ici, mais que le risque haussier sur les prix est réel et durable.
Logan s'est dite « de plus en plus préoccupée » par le temps qu'il faudra pour que l'inflation revienne à la cible de 2 % de la Fed. Les indicateurs clés d'inflation sont bien au-dessus de 3 % et devraient encore progresser dans les prochains mois.
Les trois dissidentes ne s'opposaient pas au maintien des taux, mais au libellé du communiqué officiel, qui laissait entendre que la pause était temporaire et que de nouvelles baisses étaient probables. Elles souhaitaient une formulation plus neutre, signalant que la prochaine décision pourrait être une hausse ou une baisse selon l'évolution de l'économie. « Tout effort pour des baisses de taux se heurtera probablement à une opposition farouche », résume Lindsey Piegza, économiste en chef chez Stifel.
La saison des résultats du premier trimestre 2026 est en passe de s'inscrire dans les annales. La marge bénéficiaire nette des entreprises du S&P 500 atteint 14,7 % — le niveau le plus élevé depuis que FactSet a commencé à suivre cette métrique en 2009. La croissance des bénéfices par action s'envole à 27,1 % en glissement annuel, un rythme inédit depuis le rebond post-pandémique de fin 2021. Mais derrière ces chiffres éloquents se cache une réalité plus nuancée.
Alphabet, Amazon et Meta sont les principaux contributeurs à cette performance exceptionnelle. Alphabet a vu son bénéfice net bondir de 81 % au premier trimestre, Amazon de 77 % et Meta de 61 %. Ces taux de croissance des profits surpassent très largement leurs taux de croissance des revenus respectifs, en partie grâce à des plus-values comptables liées à des participations dans des startups d'intelligence artificielle à forte valorisation.
L'entreprise médiane du S&P 500, selon Seaport Research, table quant à elle sur une croissance du bénéfice par action de 10,4 % au premier trimestre — soit environ la moitié de la performance de l'indice pondéré par la capitalisation boursière. Cet écart illustre à quel point la concentration des méga-capitalisations peut masquer une réalité plus mitigée pour la majorité des entreprises.
À l'opposé du tableau de chasse des géants technologiques, les entreprises tournées vers le consommateur peinent. Sur les appels de résultats des dernières semaines, chaque dirigeant d'une marque grand public s'est vu poser au moins une question sur l'impact des prix élevés de l'essence. Starbucks et Mattel ont minimisé l'impact, mais les données de Seaport montrent que les marges bénéficiaires ont légèrement reculé dans les secteurs de la consommation discrétionnaire et des produits de première nécessité.
McDonald's et Walt Disney doivent publier leurs résultats dans la semaine à venir, offrant un éclairage précieux sur la santé du consommateur américain moyen. RBC souligne que McDonald's est « légèrement désavantagé » face à une clientèle à revenus modestes qui reste réticente à aller au restaurant.
Record depuis 2009 selon FactSet
T1 2026 vs T1 2025, portée par les Big Tech
Croissance BPA pour l'entreprise médiane, soit la moitié de l'indice
Le 1er mai 2026, les Émirats arabes unis ont officiellement claqué la porte de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, et de l'alliance élargie Opep+. Ce départ — le plus significatif de l'histoire du cartel — vient mettre à nu des tensions de longue date entre Abu Dhabi et Riyad, et soulève de profondes questions sur l'avenir d'une organisation dont l'influence décline depuis des années.
Les EAU disposent d'une capacité de production de 4,8 millions de barils par jour mais ne produisent que 3,2 à 3,6 millions sous quota. Avec des investissements massifs dans leur industrie pétrolière, Abu Dhabi ambitionne d'atteindre 5 millions de barils par jour d'ici l'an prochain. Attendre son tour dans un système de quotas, c'est « laisser filer de l'argent entre ses doigts », résume Jorge Leon de Rystad Energy.
Riyad a besoin d'un baril à environ 90 dollars pour financer ses dépenses publiques et son plan Vision 2030, qui inclut des projets comme Neom. Le départ des EAU oblige l'Arabie saoudite à compenser seule les ajustements de production pour stabiliser les prix, rendant cette gestion plus coûteuse et moins efficace. David Oxley de Capital Economics qualifie cette situation de « début de la fin ».
À court terme, la décision des EAU n'a pas provoqué de forte volatilité des cours : le Brent est resté quasiment inchangé. La raison est simple — les perturbations dans le détroit d'Ormuz dominent déjà le marché. « Ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz fait des nouvelles concernant l'Opep un détail mineur », estime Jeff Colgan de l'université Brown. À plus long terme, le départ des EAU laisse présager des prix légèrement plus faibles et plus volatils.
Le 15 mai 2026, Jerome Powell achèvera son mandat de président de la Réserve fédérale américaine. Kevin Warsh, approuvé par la commission bancaire du Sénat par 13 voix contre 11, s'apprête à prendre le relais. Cette transition est considérée comme l'événement monétaire américain le plus lourd de conséquences de l'année 2026. L'histoire des précédentes transitions à la Fed offre un guide précieux — et quelques mises en garde — pour les investisseurs.
Warsh, né en 1970, est diplômé de Stanford et de Harvard Law. Il a siégé au Conseil de la Fed de 2006 à 2011, jouant un rôle clé pendant la crise financière de 2008. Durant son mandat, il s'est montré résolument hawkish, s'opposant à l'assouplissement quantitatif prolongé et alertant sur l'inflation avant la plupart de ses collègues.
Sa posture récente a cependant évolué : Warsh estime que les gains de productivité liés à l'intelligence artificielle sont désinflationnistes, ce qui justifierait des baisses de taux même sous pression tarifaire. Pour les marchés actions, un président hawkish crédible qui soutient des baisses de taux représente une combinaison constructive — une forme d'assouplissement sans perte de discipline sur l'inflation. Deutsche Bank avertit cependant : si l'inflation cœur réaccélère, le réflexe hawkish pourrait revenir rapidement.
Les données de Barclays sur les transitions depuis 1930 sont éloquentes : le S&P 500 a enregistré en moyenne des replis de 5 % à 1 mois, 12 % à 3 mois et 16 % à 6 mois après l'arrivée d'un nouveau président. La prise de fonction de Powell avait provoqué une chute de 4,1 % le premier jour. Les transitions créent une fenêtre d'incertitude — pas nécessairement de panique, mais de volatilité accrue.

Un ouf de soulagement parcourt la communauté crypto française. Lors de la réunion de la commission mixte paritaire (CMP) du 28 avril 2026, les parlementaires ont définitivement écarté l'article 3 quater du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes fiscales et sociales. Cette disposition, introduite par amendement à l'Assemblée nationale, visait à imposer une déclaration annuelle obligatoire à l'administration fiscale pour tout portefeuille crypto auto-hébergé dont la valeur dépassait 5 000 euros. Son retrait met fin à un débat tendu de plusieurs mois.
L'obligation déclarative visait les portefeuilles dits « auto-hébergés » — hardware wallets, applications décentralisées, tout support de stockage sans intermédiaire. L'Association pour le développement des actifs numériques (ADAN) a mené un intense travail de lobbying auprès des cabinets ministériels et des parlementaires, soulignant deux risques majeurs : la complexité technique de mise en œuvre pour les contribuables, et surtout les risques de sécurité liés à la constitution d'un fichier centralisé des détenteurs de portefeuilles privés. Les rapporteurs ont finalement tranché en faveur d'une approche plus ciblée de la lutte contre la fraude.
Cette décision reflète une écoute des spécificités de la conservation autonome — souvent comparée à un coffre-fort numérique dont le contenu aurait dû être inventorié annuellement auprès du Trésor public. Les votes définitifs dans les deux chambres, attendus début mai, devraient entériner cette orientation.
La suppression de l'article 3 quater ne signifie pas un relâchement de la surveillance des actifs numériques. Le cadre réglementaire existant demeure pleinement applicable :
Le législateur opte ainsi pour une rationalisation des outils de contrôle au profit de dispositifs européens coordonnés, plutôt que d'alourdir la conformité individuelle par des obligations nationales redondantes.

Cette première semaine de mai 2026 s'inscrit dans une période de transition complexe : l'économie américaine résiste, mais les forces de pression s'accumulent. Les marchés naviguent entre des résultats d'entreprises exceptionnels et une toile de fond géopolitique et monétaire incertaine. Voici les points de synthèse à garder en tête.
Le PIB, l'emploi et les dépenses de consommation restent solides. Le pétrole à plus de 100 $ le baril est le principal risque à surveiller — une inflation au-dessus de 4 % est désormais dans le radar.
L'inflation persistante et les dissidences hawkish limitent la marge de manœuvre de Warsh. Le marché devra attendre le premier FOMC de juin pour avoir une lecture claire du nouveau régime monétaire.
Les profits record du S&P 500 reposent sur trois entreprises. La performance de McDonald's et Disney cette semaine donnera une lecture plus juste de la santé du consommateur médian américain.
Le départ des EAU fragilise davantage un cartel déjà en déclin. À long terme, plus de volatilité sur les prix du pétrole et une pression accrue sur les finances saoudiennes sont à anticiper.
« Tant que le déploiement de l'IA reste aussi massif, la croissance économique restera probablement décente au minimum et robuste lorsque d'autres secteurs y contribueront plus substantiellement. »
— Stephen Stanley, économiste en chef, Santander Capital Markets